2011 - Georges Dionne, MSRC
Georges Dionne est un chercheur de renommée internationale en économie appliquée à l'assurance, en finance, en santé, en transport et en environnement. Il a aussi contribué à l'économétrie appliquée et à la statistique appliquée. Ce sont surtout ses tests pour isoler les problèmes d'information qui le distinguent. L'analyse des problèmes d'information a été introduite en science économique au début des années 1960. Pendant deux décennies, une panoplie de modèles théoriques a été proposée mais aucune contribution n'avait mesuré la pertinence empirique des problèmes d'information. Les travaux de Georges Dionne ont été parmi les premiers à démontrer que l'asymétrie d'information pouvait entraîner des coûts économiques réels. Il a aussi contribué à l'évaluation économique de la vie humaine, à l'étude de la perception des risques, à la mesure du risque, à la tarification de l'assurance automobile, à la gestion du risque de crédit et du risque opérationnel et à la réglementation des institutions financières. Il a remporté une quinzaine de prix pour la qualité de ses réalisations scientifiques, dont le prix Marcel-Vincent de l'ACFAS, le prix américain Kulp-Wright pour le Handbook of Insurance et un doctorat honorifique de l'Université d'Orléans en France.
2007 - Gilbert Laporte
Gilbert Laporte est un chercheur de renommée internationale dans le domaine des méthodes d'optimisation pour la résolution de problèmes de gestion: logistique et transport, conception de réseaux de distribution, découpage territorial, construction d'horaires de travail, localisation d'ambulances et ordonnancement. Les modèles et algorithmes qu’il a développés permettent la résolution de problèmes complexes.
Richard Tremblay, MSRC, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l'enfant à l'Université de Montréal, dirige depuis plus de 20 ans un vaste programme d'études longitudinales et expérimentales du développement des enfants. Les évaluations répétées de plus de 30 000 enfants ont permis de tracer pour la première fois les différentes trajectoires du développement des comportements sociaux de la naissance au début de l'âge adulte. Ces travaux ont également conduit à l'identification des prédicteurs et des conséquences à long terme des trajectoires déviantes. Il fut l'un des premiers à intégrer des expérimentations d'interventions préventives dans des études longitudinales. Ses travaux sur le développement de l'agression physique ont remis en question les théories traditionnelles de l'apprentissage sociale en montrant que les enfants n'apprennent pas à agresser, mais apprennent plutôt à ne pas agresser. Ces résultats indiquent que les interventions les plus efficaces pour prévenir les problèmes chroniques d'agression physique seront probablement celles qui aident les enfants d'âge préscolaire à apprendre d’autres voies que l'agression physique. La vérification de cette hypothèse est un des principaux objectifs des programmes de prévention qu'il élabore présentement avec ses collègues, plusieurs ministères et fondations. Ses travaux ont été publiés dans plus de 200 articles et chapitres de livres, et traduits dans plusieurs langues.
2001 - Byron P. Rourke, FRSC
Notice en anglais seulement
1999 - Rodolphe De Koninck
Rodolphe De Koninck, géographe et professeur à l'Université Laval, est l'auteur d'une oeuvre considérable se caractérisant par sa valeur universelle. Il a d'abord fait sa marque en publiant, en 1970, une étonnante étude sur les Cent-Îles du lac Saint-Pierre. Depuis, sans interruption, il n'a cessé de signer de remarquables travaux issus des vastes campagnes de recherche qu'il a menées auprès de paysans asiatiques. D'abord malaysiennes et indonésiennes, ses recherches ont par la suite été élargies à la Chine, puis au Vietnam. À partir d'enquêtes minutieuses, toujours conduites auprès de paysans, notamment riziculteurs, il a développé un ensemble d'interprétations concernant la nature des relations qui lient les paysanneries aux États dans la gestion du territoire. Sur cette question centrale, d'essence d'abord géographique, mais aussi au coeur de l'histoire et de l'actualité, et qu'il a su élargir au plan théorique, ses publications, fort nombreuses, sont devenues incontournables. Elles paraissent dans plusieurs langues et plusieurs pays. Il est aussi très actif sur le front didactique, comme en témoigne son enseignement sur Le monde à la carte, qui fait l'objet d'une diffusion télévisuelle internationale, à l'échelle de l'ensemble de la francophonie.
1997 - Norman S. Endler
Notice en anglais seulement
1995 - Albert Legault, MSRC
Le professeur Albert Legault est une sommité québécoise dans le domaine des relations internationales et dans celui de la dissuasion nucléaire. Il a produit des travaux scientifiques, publiés chez des éditeurs de grande renommée, qui font autorité en Europe, aux États-Unis et au Canada. Il a su aussi, comme chef de file, s'assurer la collaboration de chercheurs éminents dans ces deux domaines tant à l'Université Laval (le Centre québécois des relations internationales dont il a été l'âme dirigeante) qu'à l'étranger. Son récent ouvrage sur le désarmement est considéré comme « la somme définitive sur la question ».
1991 - Thérèse Gouin-Décarie, MSRC
La Société royale du Canada a décerné cette année sa médaille Innis-Gérin au Dr Thérèse Gouin-Décarie, de l'Université de Montréal, pour ses travaux dans le domaine de la psychologie de l'enfant, qui lui ont valu une reconnaissance internationale. Grâce à de multiples études expérimentales, elle a élargi et approfondi la théorie de Piaget sur le développement de l'intelligence chez l'enfant en bas âge et ses relations avec les émotions, l'autre aspect crucial du développement de l'enfant. Elle s'est également beaucoup intéressée au problème des enfants souffrant de malformations congénitales engendrées par la thalidomide et, plus récemment, aux origines du langage et de la socialisation chez les jeunes enfants qui ne parlent pas encore. Pionnière de la recherche scientifique au Canada français, elle a exercé une immense influence sur l'évolution de la recherche au Québec et sur le grand public par l'intermédiaire des ouvrages qu'elle a publiés à l'intention des parents et des éducateurs.
1989 - Albert Faucher, MSRC
M. Faucher est un spécialiste de l'histoire économique et un universitaire de grand renom. Ses collègues reconnaissent en lui un esprit indépendant, un penseur original et un intellectuel dynamique et fécond.
Ses travaux sur l'histoire du mouvement coopératif, sur les coopératives agricoles et sur les coopératives de consommation l'ont fait connaître à l'extérieur du Québec. M. Faucher s'intéresse notamment à la place du Québec dans l'économie nord-américaine, aux relations entre l'État et les institutions financières, à l'émigration massive des Canadiens français aux États-Unis au cours du dix-neuvième siècle, ainsi qu'au déclin des chantiers navals au Québec. Dans ses différentes études, M. Faucher s'oppose à ceux qui attribuent le sous-développement économique de la province de Québec à des facteurs d'ordre politique. En préconisant une approche plus globale, il fait ressortir l'importance de facteurs liés à la situation géographique et à l'avancement technique dont l'influence s'exerce sur tout le continent. De même, ses études sur l'industrialisation du Québec sont clles qui révèlent le mieux l'importance des ressources naturelles, comme l'hydro-électricité, dans la naissance du Québec moderne. Son ouvrage intitulé Québec en Amérique au XIXe siècle (1973) lui a valu le Prix du Gouverneur général. M. Faucher est né dans la Beauce québécoise en 1915. Il a obtenu son baccalauréat ès arts (1938) de l'Université de Montréal et sa maîtrise ès arts (1954) de l'University of Toronto. Il est entré en 1950 à l'Université Laval où il détient le titre de professeur émérite.
1987 - Anthony D. Scott, FRSC
Notice en anglais seulement
1985 - Bruce G. Trigger, FRSC
Notice en anglais seulement
1983 - Malcolm C. Urquhart
Notice en anglais seulement
1981 - H. Gordon Skilling, FRSC
Notice en anglais seulement
1979 - Marc-Adélard Tremblay
De par sa formation multidisciplinaire dans les sciences naturelles et dans les sciences sociales, Marc-Adélard Tremblay a largement contribué à l'établissement d'une rigoureuse tradition empirique de recherche au Québec. Il a été, au Québec, un pionnier de l'enseignement de l'anthropologie culturelle et, à Laval, l'initiateur des recherches anthropologiques et le fondateur du département d'anthropologie. Il a participé aux travaux de nombreuses équipes interdisciplinaires et cela dès 1950. Il a lui-même dirigé quelques-unes de ces équipes contribuant ainsi à l'encadrement et à la formation de plusieurs étudiants diplômés oeuvrant aujourd'hui dans les secteurs les plus variés de l'action professionnelle.
Une des contributions marquantes du candidat aux sciences sociales et humaines fut d'amorcer des études scientifiques dans des domaines jusqu'alors inexplorés. Ces études, et plusieurs autres, ont fait l'objet de publications scientifiques (106 en date du ler juin 1978) qui ont paru dans une vingtaine de revues différentes, enrichissant ainsi le patrimoine intellectuel et scientifique de notre collectivité. Leur auteur a non seulement démontré sa prodigieuse vitalité mais aussi une étonnante versatilité de par l'éventail très riche des questions abordées et des schémas conceptuels auxquels il se réfère. Ses ouvrages, une douzaine en tout, sont l'aboutissement de travaux minutieux réalisés sur plusieurs années. Les résultats obtenus de même que les explications auxquelles ils ont donné lieu enrichessent nos connaissances sur notre milieu tout en établissant de solides traditions de recherche.
L'ensemble de ces travaux de recherche et de ces publications a exercé une influence directe sur le milieu québécois et canadien non seulement par leur caractère novateur et leur originalité mais aussi par leur pertinence et leur à propos. Ses multiples publications scientifiques réflètent des préoccupations conceptuelles interdisciplinaires et des expérimentations sociales basées sur une méthodologie et des démarches d'observation des plus riches. Il s'est constamment appliqué aussi à retourner aux communautés humaines et aux groupes qui l'ont appuyé dans ses démarches d'homme de science le fruit de ses observations, de ses analyses et de ses interprétations permettant de ce fait une rétroaction nécessaire entre l'observateur et l'observé. Tous ceux qui ont oeuvré avec lui sur des équipes de recherche gardent, bien sûr, de leur association à ce chercheur chevronné, un agréable souvenir mais ils lui sont surtout redevables d'avoir acquis de nouveaux genres de préoccupations scientifiques et des styles de pratique qui élargissent les démarches conventionnelles de leurs disciplines d'origine. La réputation scientifique du Dr Tremblay dépasse largement les frontières de notre pays, étant donné la diffusion de ses publications aux États-Unis et en Europe ainsi que sa participation à de nombreux congrès tant au Canada qu'à l'étranger à l'occasion desquels il a soit présenté les résultats de ses recherches ou soit encore représenté le gouvernement canadien, ou encore la communauté scientifique des anthropologues et des sociologues.
En bref, n'avons-nous pas en la personne du doyen Tremblay de Laval un de ceux qui a consolidé - tout en les élargissant - les traditions intellectuelles et scientifiques des pionniers que furent l'historien de l'économie Harold Innis et le sociologue Léon Gérin ? Notre réponse affirmative témoigne de notre conviction que le candidat que nous proposons serait un titulaire digne de recevoir la médaille de la Société royale qui honore leur mémoire.
1977 - Harry G. Johnson(Notice bilingue) Harry Johnson was one of the world's great economists. Having first studied and taught in Canada, and served in the Canadian forces, he pursued postgraduate studies at Cambridge, Toronto, and Harvard. His varied teaching career, at Manchester University, the London School of Economics, and the universities of Chicago and Geneva, gives an indication not only of the international demand for his services but of his great energy and productiveness. In addition he edited a number of journals and acted as consultant to the United States Treasury, the British National Institute of Economic and Social Research, the Brookings Institution, and the United Nations.
Ses écrits révèlent l'extrême étendue de ses compétences. De son propre aveu, ses domaines de prédilection sont la théorie du commerce international, la théorie et les institutions nationales sur le plan monétaire et financier, et la théorie économique générale; mais il est difficile d'imaginer des domaines en économie politique auxquels il n'a pas apporté sa contribution. Ses articles couvrent l'histoire de la pensée économique; la théorie et la pratique de la croissance économique et de la mise en valeur des pays en voie de développement; l'économie de l'inflation, les statistiques portant sur l'équilibre des paiements; la théorie des finances publiques; l'aide étrangère; les sociétés multinationales; l'importance des syndicats; le consommateur dans une société prospère, les migrations internationales; le capital humain; la fuite des cerveaux; l'économie du nationalisme et de la pauvreté; et la méthodologie des sciences sociales.
Though he worked much abroad, he remained in close touch with Canada and Canadian colleagues. He was a frequent visitor to the Queen's Economists Study group and similar "workshops" in other Canadian universities. He was a member of the Royal Commission on Banking and Finance, and he published a study that helped to shape the United States-Canada automobile tariff agreement. As president of the Canadian Political Science Association in 1966, he initiated arrangements leading to independent economic and political science associations. In the 1970s he was a prominent witness before Senate committees on unemployment and monetary policy, and served on a two-man task-force reviewing economics departments in the Province of Ontario.
Si on considère l'effort titanesque qu'il a déployé, on ne s'étonnera pas qu'il ait subi une attaque cardiaque en 1973. Il avait quelque peu réduit ses voyages dans le monde entier, puisqu'il s'était établi à Chicago, tout en étant rédacteur en chef du Journal of Political Economy. Mais la mort l'emporta au début du mois de mai, à Genève. C'est avant son décès qu'il a été choisi comme lauréat de la médaille, pour son importante contribution aux sciences sociales dont ont profité le Canada comme le monde entier. Il a pu accepter cette distinction avant de mourir.
Mr President, I have the honour to request that the Innis-Gérin Medal be awarded posthumously to Harry G. Johnson. At his widow's request, Professor Anthony Scott will accept the medal.
1975 - Noël Mailloux
Par la qualité de ses travaux et le sérieux de ses recherches, par l'abondance et la richesse de ses publications, le professeur Noël Mailloux a joué un rôle de premier plan dans le développement de la psychologie scientifique et professionnelle au Canada, tout en s'acquérant dans le même temps une réputation internationale. Directeur-fondateur, en 1942, de l'Institut de psychologie de l'Université de Montréal, puis, en 1943, du Centre d'Orientation de Montréal pour la rééducation des enfants difficiles, et, en 1950, du Centre de Recherches en Relations humaines, rédacteur en chef de la série Contributions à l'Étude des Sciences de l'Homme, le professeur Mailloux est membre d'une foule de sociétés savantes s'occupant de psychologie, de sociologie, de criminologie, d'hygiène et de religion. L'ACFAS ou Association canadienne-française pour l'avancement des sciences lui a déjà décerné sa médaille, de même que l'Ordre du Canada; il a été le professeur invité à l'occasion du Xlle Cours international de criminologie portant sur « :les causes et la prévention du crime dans les pays en voie de développement :», cours donné à Jérusalem en 1962. Au cours des quinze dernières années, en raison de ses recherches sur le processus de socialisation, le professeur Mailloux s'est mérité une place d'importance dans le domaine de l'étude des relations humaines et de la criminologie. Ses travaux sont cités et même analysés, par exemple, en français, dans le grand Traité de droit pénal et de criminologie (1970) de Bouzat et Pinatel, et, en anglais, dans le livre bien connu de Karl Menninger : The Crime of Punishment (1966). Depuis de nombreuses années, les organisateurs des congrès internationaux de psychologie, d'éducation et de criminologie n'ont cessé de faire appel à un tel chercheur et à un tel conférencier pour obtenir de lui une contribution majeure et originale. Après avoir examiné attentivement la liste des candidats à la médaille Innis-Gérin, « :médaille accordée :», dit le réglement, « :à une personne dont l'oeuvre écrite constitue un apport éminent et durable au progrès des sciences humaines, y compris la géographie humaine et la psychologie », les membres du Comité des Distinctions n'en ont pas trouvé de plus méritant ni de plus digne de cet honneur que le professeur Noël Mailloux.
1973 - Jean-Charles Falardeau
Jean-Charles Falardeau, cinquante-neuf ans, a mérité la médaille Innis-Gérin. Il est professeur titulaire au Département de sociologie de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval et il a été un des pionniers de l'essor moderne de la sociologie au Québec. Il a particulièrement étudié le phénomène de l'urbanisation du Québec et de la transformation des cadres de la société traditionnelle. Ces dernières années, le professeur Falardeau s'est orienté dans un champ qui était resté vierge au Canada français, celui de la sociologie littéraire. Il a été à plusieurs reprises appelé à l'étranger, en particulier aux universités de Bordeaux, de Caen et de Paris. L'oeuvre écrite du professeur Falardeau est assez considérable ainsi qu'en témoigne sa bibliographie et nous pouvons affirmer qu'elle constitue « :un apport éminent et durable au progrès des sciences humaines :».
1971 - Jacques Henripin
La médaille Innis-Gérin couronne cette année l'oeuvre d'un pionnier de la démographie canadienne. Les pionniers ne sont pas tous des ancêtres. Le professeur Jacques Henripin est jeune en effet et son oeuvre, qui est loin d'être terminée, s'impose par sa qualité, la variété des sujets qu'elle a abordés et les services qu'elle a rendus. Elle était déjà d'une telle importance il y a quelques années, et l'autorité de son auteur était telle que l'Université de Montréal créa à son intention un département dont il est toujours le directeur et l'animateur. « :Peut-être, disait-il dans sa leçon inaugurale, n'est-ce pas par hasard que le seul département de démographie de toutes les universités canadiennes ait été créé au sein d'une société qui vit sous la menace latente d'un engloutissement par un groupe linguistique trente-cinq fois plus nombreux. :» Ajoutons qu'il y a peu d'endroits dans le monde ailleurs qu'au Canada français où les statistiques démographiques remontent aussi loin. La documentation dont Monsieur Henripin disposait fut un sujet d'étonnement lorsqu'il soutînt à Paris en 1954 sa thèse de doctorat sur La population canadienne au début du XVIIIe siècle.
L'exploitation d'un filon d'une telle richesse pouvait donner lieu à une production abondante. Monsieur Henripin en a tiré ce qu'il fallait pour montrer, statistiques à l'appui, que la survivance de notre groupe ethnique n'est pas un miracle. Cela tient dans deux articles dont les titres sont respectivement : La fécondité des ménages canadiens au début du XVIIIe siècle et From Acceptance of Nature to Control: The Demography of French Canadians since the 17th Century. Cette première partie de l'oeuvre de Monsieur Henripin est désormais classique. Elle prélude aux grands travaux dont la publication commence peu de temps après l'avènement de la Révolution tranquille. Il faut dire que leur auteur est de ceux qui, s'étant penchés méthodiquement et avec perspicacité sur l'essor du Canada français, avaient rendu possible et même inévitable une orientation nouvelle de nos ressources humaines et matérielles. L'explosion démographique et celle des connaissances créaient des situations nouvelles dans l'enseignement à tous ses degrés, dans la formation et l'utilisation de la main-d'oeuvre. Le gouvernement du Québec eut recours aux services du démographe qui traita d'abord de « :Population et main d'oeuvre », dans Croissance et structures économiques de la province de Québec, publié en 1961 par le ministère de l'Industrie et du Commerce. Beaucoup plus importante et d'une portée beaucoup plus grande fut la contribution que Jacques Henripin et Yves Martin apportèrent aux travaux de la Commission royale d'enquête sur l'enseignement, qui fit l'objet de trois publications dont les données statistiques et les prévisions de population scolaire jusqu'en 1986 ont orienté les recommandations du Rapport Parent et la politique du ministère de l'Éducation.
L'ouvrage le plus impressionnant de Monsieur Henripin, jusqu'à présent du moins, est sans doute Tendances et facteurs de la fécondité au Canada que l'Imprimeur de la Reine a publié en 1967, conférant ainsi un caractère officiel à ce que l'on doit considérer comme la somme des connaissances à ce sujet. Un peu plus tard, il traitait de L'évolution de la fécondité au Canada depuis la dernière guerre mondiale à la Conférence de l'Union internationale pour l'étude scientifique de la population, qui s'est tenue à Londres en septembre 1969. L'autorité qu'il a acquise dans l'étude de ce problème fondamental de la démographie canadienne le désignait tout naturellement pour être un des commissaires, le seul de son sexe, de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada.
Mentionnons aussi quelques travaux de moindre envergure qui témoignent de l'ouverture d'esprit et des préoccupations sociales d'un démographe toujours au courant de l'actualité : Les besoins futurs de nouveaux logements au Canada, jusqu'en 1971, qui parut en 1956; L'inégalité devant la mort : mortinatalité et mortalité infantile à Montréal; Ébauche d'un système de prestations familiales; Justice dans l'impôt des chargés de famille; Planification familiale et démographique. À cela s'ajoutent quelques travaux résultant d'études faites à l'étranger à l'occasion de missions, dont l'une fut faite pour l'UNESCO : Le problème démographique du tiers-monde, Situation et perspectives de l'enseignement en Haute-Volta et L'exubérance démographique de l'Amérique latine.
Voilà donc le résumé que peut faire un profane de l'oeuvre accomplie en quelques quinze ans par le professeur Jacques Henripin, que la Section des lettres et sciences humaines de notre Société royale accueillit en 1968. La médaille Innis-Gérin que j'ai l'honneur de lui présenter est en même temps qu'un honneur bien mérité, une invitation à poursuivre une carrière aussi fructueuse qu'utile.
1969 - Alexander Brady, FRSC
Notice en anglais seulement
1968 - Esdras Minville
Monsieur le Président, le Comité de la médaille Innis-Gérin a été très embarrassé quand il a voulu attribuer celle-ci à un sociologue. Il s'est trouvé, en effet, devant une pléthore de candidats, aussi intéressants les uns que les autres, tant les sciences sociales attirent maintenant les intellectuels de notre pays. Son choix s'est arrêté sur deux écrivains, qui lui ont paru également remarquables par leur carrière, leur oeuvre et la profondeur de leur pensée. M. Taylor vous présentera le premier, M. William A. Mackintosh. J'ai accepté de vous faire l'éloge du second, M. Esdras Minville, en l'absence de notre président qui est actuellement souffrant. Je le fais, je vous assure, avec le plus grand plaisir, parce que M. Minville représente pour moi une étape importante de l'évolution de la pensée économique dans le Bas-Canada; mais peut-on encore appeler ainsi la province de Québec où tant de choses se sont passées depuis la Confédération et surtout depuis ces dernières années au cours desquelles a eu lieu ce que l'on a appelé la révolution tranquille : euphémisme employé pour qualifier le passage d'un certain statisme au dynamisme le plus étonnant, et, parfois, le plus inattendu, tant le pendule a tendance à aller d'un extrême à l'autre. Or, souvent, au point de départ de ce bouillonnement, on trouve des idées de M. Minville, telle la planification. Certaines sont venues par le truchement de ses prédécesseurs, comme Parent, Bouchette, Montpetit; ce qui est normal. Minville y a ajouté son apport et toujours il a présenté son système avec la plus grande clarté d'esprit. Il a parlé, puis le silence s'est fait jusqu'au moment où une nouvelle équipe a mis un plan au point, en apportant d'autres idées, d'autres projets, et, oh, miracle! elle a fait admettre par l'opinion publique ce qui, pendant longtemps, l'avait laissée totalement indifférente. Minville avait parlé trop tôt dans un monde insuffisamment évolué. L'important c'est que beaucoup de ses idées aient été mises à exécution et qu'elles soient en train de rendre les services qu'il avait désiré. N'est-ce pas François Perroux, grand économiste s'il en est, qui a dit un jour : « :Minville, mais c'est notre prédécesseur à tous! :» Précision et profondeur de la pensée, désir très sincère d'améliorer la condition de nos gens, vigueur des conceptions et de l'expression, voilà, je pense, ce qu'on trouve dans l'oeuvre d'Esdras Minville. Et c'est pour cette raison, Monsieur le Président, que je vous prie au nom du comité d'attribuer la médaille Innis-Gérin à Monsieur Esdras Minville. Empêché de venir par son état de santé, celui-ci a demandé au père Richard Arès de la recevoir pour lui. Je lui demande au nom de la Société royale du Canada de la lui remettre avec nos félicitations et nos voeux.
1967 - W. A. Mackintosh, FRSC
Notice en anglais seulement